D’experts solo et inconnus à une équipe en 36 heures

Le premier prototype d’un hackathon n’est pas le produit. C’est l’équipe.

C’est ce que j’ai découvert la semaine dernière en acceptant de relever un défi inédit : coacher un collectif international lors du Wikimedia Teams Challenge, organisé pendant Wikimania.

Le défi était déjà enthousiasmant : découvrir l’univers des hackathons et celui de Wikimedia. Je n’imaginais pas à quel point il deviendrait une aventure humaine lorsque j’ai répondu à l’appel de l’EMCC France et à l’initiative de Vincent Gailhaguet.

Au départ, rien ne ressemblait à une équipe.

Pas de cahier des charges précis.
Pas d’équipe constituée.
Pas d’histoire commune.

Les participants étaient de nationalités très diverses : Nigéria, Chine, UK, Suède, Lettonie, Allemagne, France – un beau melting pot !

Notre seule consigne : imaginer et présenter un projet autour d’un thème aussi stimulant que vaste : « Gamifier la connaissance ».

Et en un jour et demi, il fallait imaginer, décider et créer ensemble.

Un défi d’autant plus intéressant que j’ai découvert dès les premiers échanges que la plupart des membres avaient déjà l’habitude des hackathons… mais en solo.

Ils savaient explorer une idée, prototyper, avancer rapidement en autonomie.

Cette fois, il fallait relever un autre défi : passer du « je construis » au « nous construisons ».

Avant de développer un concept, une solution, il fallait construire un collectif :

  • Créer la confiance.
  • Trouver nos modes de fonctionnement.
  • Faire émerger une vision commune.
  • Permettre à chacun de contribuer, y compris lorsque les échanges étaient parfois complexes en raison de la langue, des cultures ou des façons de communiquer.

En tant que coach professionnelle avec une riche expérience de management d’équipes, j’ai retrouvé un enjeu que je rencontre souvent dans les organisations :

Réunir des talents ne suffit pas à créer une équipe.

L’intelligence collective n’apparaît pas automatiquement lorsque des personnes compétentes sont réunies.

Elle se construit.

Par la sécurité nécessaire pour proposer une idée encore imparfaite.

Par la qualité des interactions.

Par l’écoute.

Par la capacité à transformer les différences en ressources.

Par la confiance qui permet d’oser proposer une idée encore imparfaite et de sortir de sa zone de confort, d’expertise, pour se lancer dans l’exploration.

Ce temps investi dans la relation aurait pu sembler ralentir notre progression. Certains en ont manifesté de l’agacement au début.

Il a été, au contraire, ce qui a permis au groupe de devenir une équipe, puis d’accélérer.

Le résultat ?

Un prototype fonctionnel, déjà déployé sur deux localités, que la communauté pourra continuer à enrichir.

Mais le moment qui m’a le plus marquée est arrivé en fin de seconde journée, après les présentations de projets à la communauté.

Nous avons pris le temps de regarder le chemin parcouru. Sur un board, chacune et chacun ont pu écrire quelques mots sur son vécu de cette aventure.

Et ce qui en est ressorti m’a frappée.

Au-delà du projet créé, de la fierté qu’ils ont éprouvée à aboutir, à contribuer, beaucoup y parlent de ce que cela représentait d’avoir réellement travaillé en équipe.

Des personnes habituées à avancer seules venaient de découvrir le plaisir, la richesse et la puissance de construire ensemble.

Ces quelques phrases écrites sur un board racontent peut-être mieux que n’importe quel indicateur ce qui s’est passé.

Un groupe d’individus est devenu un collectif.

Cette expérience m’a rappelé une conviction profonde :

Une équipe performante n’est pas une addition de compétences. C’est un espace où les compétences peuvent se rencontrer, se compléter et créer quelque chose de nouveau.

Dans un hackathon comme dans une organisation, le premier prototype à construire est peut-être toujours celui-là : le collectif lui-même.

Le prototype est en ligne.

Mais le livrable le plus précieux était invisible.

Ce sont les participants qui l’ont rendu visible : une équipe qui n’existait pas 36 heures plus tôt.

Cette expérience nourrit déjà ma pratique de coach. Elle me rappelle que, même dans les contextes les plus contraints, investir dans la qualité du collectif n’est jamais un détour. C’est souvent le chemin le plus court vers la performance.

Merci encore à Vincent Gailhaguet et à l’équipe Win The Kiwi, et longue vie aux belles initiatives de Wikimedia !

Et vous, vous souvenez-vous d’un moment où vous vous êtes dit : « Là, nous sommes vraiment devenus une équipe » ? Qu’est-ce qui a créé ce basculement ?

Parlons-en !

Tous Eloquents !

Il y a des soirs où tout s’aligne. La soirée Tous Eloquents en a fait partie.

Une conjonction de talents, d’acharnement, de volontés, de générosité, qui électrise un public.

A Mogador ce mardi 9 juin, 6 finalistes se sont opposés dans un exercice d’art oratoire périlleux : exposer devant un public de près de 2000 personnes leurs opinions tranchées sur des questions d’ordre quasi métaphysique.

Leur défi supplémentaire ? Ils étaient tous porteurs et porteuses de handicaps : surdité oralisante, trouble du spectre de l’autisme (TSA), trouble du développement intellectuel (TDI / en l’occurrence trisomie 21), bégaiement, aphasie, déficience visuelle.

Et le mot « coming out » a été souligné à cette occasion : dire son handicap, c’est, encore à ce jour, assimilé à opérer son coming out.

Des handicaps visibles ou invisibles, qui ne les ont pas empêchés de nous remuer profondément sur les questions essentielles suivantes :

  • Le regard des autres nous définit-il ?
  • La différence est-elle la clé de la réussite ?
  • Faut-il traiter tout le monde de la même manière pour être juste ?

« Vous avez 4 heures. »… ils avaient 5 minutes. 5 minutes pour convaincre, émouvoir, faire réfléchir, changer le regard, faire passer leur message.

Grâce à l’accompagnement structuré de Eloquence de la Différence pendant 3 mois, ils ont surmonté la peur, les obstacles, leur handicap, pour nous livrer de vibrants plaidoyers.

Quelques pépites des lauréats :

  • « Ne laissez jamais quelqu’un décider à votre place si vous êtes capable de faire une chose ou si vous n’en êtes pas capable. » (Maëva)
  • « Je n’ai pas choisi de changer tous les regards. C’est impossible. Mais j’ai choisi de changer le mien. Parce qu’au fond, on peut choisir dans quels yeux on existe. » (Clotilde)
  • « Si je suis devant vous aujourd’hui, ce n’est pas parce que le regard des autres m’a reconstruite, c’est parce que j’ai refusé de disparaître dedans. (…) Le regard des autres nous influence, il ne nous contient pas. » (Clotilde)
  • « Je suis devant vous, je suis ce que vous voyez. Mais je suis aussi ce que votre regard n’a pas encore appris à regarder. » (Clotilde)
  • « On m’a fait comprendre que pour réussir, il faut rentrer dans un moule. Et moi j’ai toujours eu quelques soucis avec les moules. » (Antoine)
  • « Quand on ne comprend pas, on caricature. (…) Le problème ne vient pas de la différence, mais de l’ignorance. (…) Quand on ressemble à tout le monde, on s’éloigne de soi-même. » (Antoine)
  • « La différence est une clé de la réussite, pas car elle nous rend meilleur que les autres, mais car elle permet de partager quelque chose d’unique ». (Antoine)
  • « Désolée, la différence, ce n’est pas la clé de la réussite. C’est plutôt un verrou très solide. » (Tiffany)
  • « On parle beaucoup d’école inclusive, d’égalité des chances, mais à la rentrée 2025, près de 50 000 élèves en situation de handicap étaient privés de leurs AESH. » (Tiffany)
  • « Peut-être qu’un jour on pourra se dire que la différence est la clé de la réussite, mais en attendant, moi, j’y vais au pied de biche ! » (Tiffany)
  • « J’ai testé deux versions de moi-même, avec et sans ce mot [sourde]. Même humour, même caractère, même personne, mais pas le même regard. Tout bascule lorsque je le dis. » (Clémence)
  • « La prochaine fois que vous jugerez quelqu’un en 3 secondes, prenez-en 4. » (Clémence)
  • « Victor Hugo (…) savait que l’égalité véritable ne consiste pas à traiter tout le monde de la même manière, mais à rendre à chacun ce qui lui est juste. Car sans équité, l’égalité reste un mot, mais avec elle, elle devient une réalité. » (Quentin)

Bertrand Périer, qui officiait humoristiquement en tant que trublion de la contre-critique, a souligné que les 6 orateurs qui se sont succédé sur scène étaient « une symphonie de talents qui m’a joué la mélodie du bonheur« .

Cette soirée m’a d’autant plus touchée qu’elle touchait quatre sujets qui me sont chers : la différence (handicaps inclus), l’authenticité, la relation et l’art oratoire. Et j’en suis sortie extraordinairement inspirée et énergisée grâce aux nombreux talents sur scène et dans les coulisses.

Car l’authenticité de chacune et chacun a ajouté une extraordinaire puissance au combat qu’ils mènent. La plupart d’entre eux n’avaient jamais pris la parole en public. Certes, la parole leur a été donnée dans cette belle occasion, mais ils l’ont prise, ils l’ont choisie, ils se sont emparés de cette possibilité et en ont fait une éclatante démonstration de force.

Que toutes et tous soient remerciés de cette extraordinaire performance, et que vive cette belle initiative innovante et inspirante !

Si vous aussi cette démarche vous touche, que vous souhaitez « donner du poids à des voix qui ne sont pas toujours écoutées » (Clémence), vous pouvez les soutenir comme moi en faisant un don :

Et vous, qu’auriez-vous répondu aux 3 questions qui tuent ?

Vous avez 4 heures, ou 3 mois… ou 5 minutes !