“Parlay”-vous français ? 2 – Création et violence

La parole, une création

Au-delà du sacré, nommer quelque chose, une idée, c’est lui donner une existence. Les contes anciens comme contemporains témoignent de la magie du nom, du danger de donner son nom. Un nom, c’est une identité, c’est un pouvoir. On y retrouve, dans sa dimension profane, l’écho du Verbe sacré, du nom de Dieu… De nos jours, voler son nom à quelqu’un s’appelle une usurpation d’identité, et demeure dramatique : c’est voler une vie.

La parole est centrale également dans l’échange et la création d’idées : le brainstorming ou « remue-méninges » est une mise en commun d’idées par la parole et les mots, pour œuvrer en commun à la naissance de nouvelles idées, de nouveaux concepts.

La parole est essentielle dans la transmission de la conviction, elle est créatrice d’action, comme l’indiquent les expressions « Ça, c’est parlé ! » en encore mieux Talk the talk, walk the walk qui est l’essence même du leadership : par la parole et par l’exemple.

Prendre la parole, une violence ?

L’expression « prendre la parole » a quelque chose de violent : on prend, on s’en empare, mais est-ce voler ou agresser ?

En anglais, on préfère à la « prise de parole en public » le public speaking, plus factuel, plus direct. Mais si l’on dit – sous forme d’anglicisme – « délivrer un discours » / deliver a speech, on rentre dans le mécanique, le dépassionné, le froid, le calculé. La performance pure. Le risque est alors le détachement de son public, public auquel on se doit.

Dans certaines expressions familières, la parole est effectivement une violence : « Ho, je te parle ! », « Comment il me parle ! » ou le célèbre « Are you talking to me? » de Taxi Driver. Moins directement, on considère comme une violence, socialement proscrite, de parler la bouche pleine ou de couper la parole.

Cette parole peut relever de la violence déguisée d’une manipulation : « paroles de miel », sweet-talk, honey-tongued, sont des manifestations de manque de sincérité.

Le choc de la surprise créera l’exclamation « Ma parole ! ».

Ou va laisser sans voix, bouche bée, muet de surprise. Ça nous a coupé la chique… et nous a, littéralement, « ôté les mots de la bouche » !

« Reprendre sa parole » relève de la traîtrise, une autre forme de violence.

La colère, l’indignation, la frustration face à ces violences peuvent alors s’exprimer par un « coup de gueule », une « gueulante ».

Changer les mots, c’est changer les idées : une violence pernicieuse. De « 1984 » à nos jours, en sommes-nous les coupables, les victimes, les témoins, ou les lanceurs d’alerte ?

A vous la parole !

Rendez-vous dans un mois pour le prochain épisode.